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L’éolienne, une énergie dans le vent. Pour développer la filière à Maurice, trois compagnies sont en lice – une indienne, une chinoise, une française. À qui ce gisement d’argent vert ? Cyril Oudin, le candidat d’Aérowatt, calme le jeu.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, une question : quelle brise pousse un homme à vouloir gagner sa vie, si l’on ose dire, sur du vent ?
L’environnement est devenu un business. Moi, je ne suis pas un écologiste pur jus, mais un businessman porteur de projet. L’éolien et moi, c’est presque un hasard. Au départ, il y a une rencontre avec Jérôme Billerey, le président du directoire d’Aérowatt. On s’est dit que Maurice avait un gros potentiel éolien et qu’il y avait tout à créer ; ça commencé comme ça. Quant à mon parcours, c’est très simple : je suis un autodidacte. J’ai grandi à Maurice et à 17 ans, je suis parti en Europe, pour y faire des affaires. Il y a quatre ans, j’ai quitté Bruxelles et je suis rentré.
Vous représentez aujourd’hui la société « Aérowatt » à Maurice. Faites les présentations…
Aérowatt est un producteur indépendant d’électricité à partir d’énergies renouvelables. Notre métier, c’est l’éolien, nous sommes des précurseurs en France. La société existe depuis 16 ans, elle possède et exploite 21 centrales éoliennes en France métropolitaine et d’outre-mer. Depuis 2007, nous développons également des sites solaires. L’entreprise emploie une trentaine de salariés. Elle a réalisé en 2007 un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros [Rs 300 millions, NdlR].
Le vent paie plutôt bien…
Oui mais nous avons des objectifs bien plus ambitieux.
Notamment le lancement de la filière à Maurice. Quel est votre projet ?
La construction de 40 éoliennes bipales anticycloniques. Ce parc, d’une puissance totale de 40 mégawatts (MW), permettrait de répondre à 5 % de la consommation nationale d’électricité.
Que répondez-vous à ceux qui n’ont pas envie de voir le pays recouvert d’éoliennes traditionnelles à trois pales juchées en haut d’un mât ?
Qu’un tel scénario n’arrivera pas. En tout cas, ce n’est pas notre offre. Pour la simple et bonne raison que les besoins ne sont pas identiques en Europe et sur une île cyclonique. Aujourd’hui, nous sommes les seuls à installer des machines rabattables spécialement conçues pour les pays des zones cycloniques.
Tel le roseau de Jean de la Fontaine, l’éolienne plie mais ne rompt pas ?
Ça, c’est le modèle que nous avons implanté à la Réunion. L’éolienne se couche au sol avant l’arrivée d’un cyclone. Pour Maurice, nous envisageons une technologie supérieure, où seules la nacelle et les pales basculent à terre. L’opération dure 30 minutes. Le mât de 70 mètres, lui, résiste à des vents de 300 km/h.
Quel est le surcoût pour ce colosse ?
Autour de 20 %. Mais le jeu en vaut la chandelle.
Et sa durée de vie ?
Jusqu’à 30 ans.
Où comptez-vous « planter » vos géants ?
Nous venons d’identifier deux zones. La première, vers Plaine-Champagne, Bigarra, etc. La seconde englobe les côtes est et sud, de Saint-Antoine à Saint-Félix. Une chose est sûre, si nous obtenons ce marché, nous ne ferons pas n’importe quoi. Il n’est pas question, par exemple, d’installer des éoliennes à moins de 400 m des habitations.
Comment ces sites ont-ils été identifiés ?
Nous avons réalisé un atlas éolien. Il faut savoir qu’un bon site ne dépend pas seulement de la force du vent, mais aussi de sa régularité, car les éoliennes détestent les variations. Nous avons donc sélectionné des zones avec des vents à la fois soutenus et continus. L’autre information de la phase d’étude, c’est le potentiel éolien de Maurice : 100 MW, soit environ 12 % des besoins du pays.
Vous avez précisé tout à l’heure que 40 éoliennes pouvaient fournir 5 % de nos besoins. Est-ce à dire que 400 éoliennes répondraient à la moitié de la demande ?
Non, car le vent est intermittent. De plus, il est impossible de récupérer toute l’énergie d’une éolienne. Actuelle-ment, on utilise des éoliennes dont le rendement global tourne autour de 25 %. Donc, un parc d’une capacité de 40 MW correspond à 10 MW d’électricité réellement produite.
Un mot sur vos concurrents. Ils sont deux, dont l’Indien « Suzlon ». Sacré client, non ?
Un mastodonte, vous voulez dire ! Suzlon détient 7 % du marché mondial de la fabrication d’éoliennes et il vient de racheter l’allemand REpower. Mais la concurrence n’est pas un problème. Il y a de la place pour tout le monde, et il n’y aura pas de guerre du vent. De notre côté, nous n’avons pas la prétention de tout rafler. Et même si nous n’obtenions rien, ce ne serait pas bien grave.
Oh le coup de bluff !
Pas du tout. Aérowatt a plus de 500 MW en projet uniquement en France. Donc, Mau-rice, que ça se fasse ou pas, à la rigueur ce n’est pas très important pour nous. Nous avons d’autres objectifs dans la région, en particulier à Mada-gascar, au Mozam-bique et en Afrique du Sud.
Mais pourquoi à Maurice l’éolien n’a-t-il toujours pas décollé, malgré les intentions officielles ?
À cause du pétrole bon marché. Jusqu’à présent, l’énergie éolienne coûtait plus cher que le thermique. Le pétrole cher a relancé la course aux énergies renouvelables, c’est notre meilleur allié.
Est-ce à dire que tous les obstacles sont levés ?
Non, reste à mettre en place un cadre législatif. Mais je ne suis pas inquiet, la volonté politique est là. Les décideurs ont pris conscience que le pays ne pouvait plus dépendre à ce point du baril de pétrole.
Compte tenu du retard, croyez-vous Maurice capable de tenir ses engagements : 10 % de consommation d’électricité d’origine éolienne à l’horizon 2025 ?
Oui. Et même faire beaucoup mieux. En faisant preuve de volontarisme, 15 % de la consommation, dès 2015, peuvent provenir de l’énergie éolienne.
Le problème, c’est que ça coûte cher. Pourriez-vous détailler la facture d’un MW installé ?
Disons qu’une éolienne d’un mégawatt avoisine Rs 80 millions, dont 70 % pour l’achat de la machine, 20 % pour le génie civil et les travaux de raccordement, et 10 % pour les études diverses.
Votre projet est évalué à Rs 3 milliards, mais quelle somme serait réellement injectée dans l’économie locale ?
Entre 30 et 35 %, soit un milliard. Non seulement nous aurons besoin de géomètres ou de conducteurs de camions, mais nous pourrions aussi faire fabriquer sur place certains composants. J’ai tenu par ailleurs à ajouter une dimension sociale au projet.
Les fameuses « mesures compensatoires » pour mieux faire passer la pilule – notamment le bruit occasionné ?
Non, ça n’a rien à voir. J’ai suggéré que le terrain choisi soit mis à la disposition de petits planteurs pour y lancer une filière d’agriculture bio. Aérowatt fournirait toutes les commodités, notamment l’eau, l’électricité et le transport.
« Le pétrole cher est notre meilleur allié. »
La facture que vous tendrez au CEB, elle sera bio ?
Nous comptons vendre l’électricité produite entre Rs 4 et Rs 4,5 le kilowatt/heure, selon la qualité du site. Notre credo, c’est la transparence : on est à 11 centimes d’euro à la Réunion et à 8 centimes en Europe.
Allez-vous négocier un prix stable ?
Oui, et sur vingt ans au moins.
En France, EDF a l’obligation d’acheter toute l’électricité éolienne à un prix élevé et garanti. Il est là le levier du pactole ?
Oui, appelons un chat un chat. Mais à Maurice, le scénario est différent.
Qu’est-ce qui change ?
L’Europe est plus sécurisante. Ici, on marche sur des œufs, on ne sait pas où on va pour l’instant.
La matière première sera gratuite, l’investissement vite amorti : si l’éolienne est un symbole de pureté énergétique, ce sera aussi une aubaine financière…
Le retour sur investissement, autour de 15 % par an, n’aura rien d’exceptionnel. Qui plus est, nous n’aurons aucune subvention de l’État mauricien, nous prendrons seuls tous les risques. Si Aérowatt perdait de l’argent ici, tout le monde dirait que c’est notre problème…
Perdre de l’argent ! Une éolienne rapporte Rs 7 millions par an, n’est-ce pas ?
C’est à peu près ça.
Vous voyez bien que l’éolien ne vit pas seulement de vent. Pourquoi s’en cacher ?
Nous gagnons de l’argent, mais mon rêve est ailleurs.
Où ça ?
Je m’imagine dans trois ans, au milieu d’un champ, la première ferme éolienne de Maurice, prenant ma bière ou mon verre de whisky, et me disant : « Cyril, tu l’as fait ! »
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BIO EXPRESS
● Né le 10 juin 1964 à Luabo (Mozambique).
● Marié, deux enfants. Vit à Flic-en-Flac.
● Double nationalité mauricienne et française.
● Profession : homme d’affaires.
● Plusieurs entreprises en Belgique et à Maurice.
● Domaines d’activités : construction, climatisation industrielle et centres d’appels.
● Signe particulier : une enfance à Maurice, suivie d’« une vie de bourlingueur » en France, en Belgique et en Allemagne.
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